Series Mania, compétition officielle : un voyage au bout du monde, et des genres

Après neuf jours passés dans les salles obscures à découvrir et redécouvrir les séries d’aujourd’hui et de demain, le jury de la Compétition officielle, présidé par Marti Noxon, a rendu son verdict. Samedi 30 mars, il a remis quatre récompenses, dont le Grand prix à la série The Virtues (UK) de Shane Meadows et Jack Thorne ainsi que le Prix spécial à l’israélienne Just For Today, créée par Nir Bergman et Rai Nehari. Les prix d’interprétation féminine et masculine ont été respectivement décernés à Marina Hands pour son rôle dans Mytho, et Stephen Graham dans The Virtues. Un palmarès qui, plus que jamais, met à l’honneur les méandres des relations familiales et les problématiques sociales et sociétales ! L’Après-Vu vous parle de ses cinq projections préférées.


Chambers 2

Chambers, étrangère à son propre cœur

Les deux premiers épisodes de la nouvelle série Netflix, écrite par Leah Rachel, plantent déjà bien le décor. Entre drame psychologique, horreur et teen-show, Chambers intrigue et interpelle en nous plongeant dans un cauchemar des plus terrifiants : celui du coeur humain. Au beau milieu du désert d’Arizona, Sasha, jeune adolescente amérindienne, vit avec son oncle. Un jour, alors qu’elle est sur le point de perdre sa virginité, son coeur s’arrête. Transplantée en urgence, Sasha se retrouve du jour au lendemain avec un coeur qui lui est étranger : celui de Becky, une jeune adolescente de son âge, venant d’un milieu aisé de la région. S’en suivent alors les débuts d’un mal-être psychologique de plus en plus palpable : comme si la jeune Sasha ne s’appartenait plus, ou du moins que son corps ne lui appartenait plus. Un malaise d’autant plus édifiant qu’il est appuyé par l’attitude malsaine de la famille de Becky …

S’il est vrai que l’intrigue horrifique de la possession, typique du genre, est dès les premiers épisodes assez évidente, le rythme et les esthétiques visuelle et sonore viennent planter une atmosphère angoissante au possible qui nous donne envie d’entrer encore plus au « coeur » de la série ! Chambers, c’est le 26 avril prochain sur Netflix.


Baghdad

Baghdad Central, immersion dans un Irak tombé en ruines

2003, Saddam Hussein a été renversé par l’intervention américaine. Sawsan (Leem Lubany), jeune étudiante persuadée que les États-Unis apporteront la démocratie au peuple irakien, disparaît. Est-elle partie ou bien a-t-elle été enlevée ? Son père, Muhsin al-Khafaji (Waleed Zuaiter), un ancien policier, décide de mener l’enquête et de la retrouver. Après avoir été emprisonné et torturé, il est contraint de collaborer avec les forces militaires américaines et britanniques pour chercher sa fille qui ne semble pas être étrangère aux services secrets occidentaux. Adaptée du roman du même nom d’Elliott Colla par Stephen Butchard et réalisé par Alice Troughton et Ben A. Williams, Baghdad Central plonge le spectateur dans le chaos de l’Irak difficilement contrôlé par les États-Unis. Dans cette série de six épisodes, la frontière entre l’histoire personnelle des protagonistes et les machinations politiques de tous bords est floue. Ce thriller policier britannique, nominé dans la compétition officielle des Séries Mania, narre avec perspicacité la vie des Irakiens et des Américains occupant le pays, dans un État où tout est à reconstruire.


Chimerica

Chimerica, et le cliché prend vie…

Qui se souvient de la photo de  l’homme face à 4 tanks ? 5 juin 1989. Place Tienanmen. Deux sacs plastiques à la main, un homme se tient devant les chars de l’armée chinoise : « tankman » Mais qui est-il ? Lee, le photojournaliste auteur du cliché iconique, part à la recherche de celui qui symbolise une contestation aujourd’hui effacée des livres d’histoire chinois.

En pleine période électorale américaine, Donald Trump ne cesse d’attaquer la presse. Les médias américains se rassemblent presque unanimement derrière les démocrates. La Chine, elle, finance les partis politiques, les médias, les grandes entreprises… Partenaire économique incontestable et pourtant, dans le discours, tant contestée. La censure, lentement, s’installe.

En Chine, Zheng, l’ami de Lee, vit dans un pays étouffé par le parti communiste. Il a connu cette de liberté qui au printemps 1989 amenait la jeunesse chinoise à occuper la place Tienanmen. La répression meurtrière, qui en cette fin du mois d’avril décima et poussa à l’exil des milliers de chinois, est aujourd’hui taboue. Le parallèle entre une Chine liberticide et une Amérique qui voit la presse échouer contre Trump est criant. C’est dans ce cadre que Lee s’évertue à retrouver « tankman ». Chimerica est une course rythmée entre la Chine et l’Amérique. La série, réalisée par Michael Keillor, est une adaptation de la pièce de Lucy Kirkwood.


Just for today

Just for today, un drame sur fond de fresque sociale inédite

Alors qu’elle n’était qu’assistante sociale, Anat s’est occupé de Niko, un immigré grec au charme tranquille qui cache un tempérament explosif. A l’époque, Anat avait aidé la police à coincer Niko à nouveau, lorsque celui-ci s’était replongé dans le trafic de drogue. Confrontée, des années plus tard, à son retour, Anat s’interroge sur les motivations de Niko à choisir son centre de réinsertion pour son nouveau lieu de vie. Agit-il par amour ? Ou bien prépare-t-il une vengeance qu’il a ruminée durant des années ? Les deux premiers épisodes nous laissent sur notre faim, dans le bon sens du terme. Une ellipse audacieuse entre le premier et le deuxième épisode fait douter de la chronologie de la série, que l’on retrouve assez facilement à mesure que se révèlent les indices du passage du temps. L’oeuvre de Ram Nehari et de Nir Bergman explore un univers qui est trop peu souvent évoqué, celui d’un centre de réinsertion pour condamnés en probation. Le lieu où tous dorment et vivent est un bouillon de culture impressionnant entre chrétiens, juifs et musulmans, souvent immigrés. Cette peinture sociale sert de trame à l’histoire d’Anat et de Niko.


Mytho

Mytho, Quand le mensonge embellit le quotidien

La nouvelle série réalisée par Fabrice Gobert (Les Revenants) s’est vue décerner le Prix du Public de cette édition 2019. Et à vrai dire, c’est tout sauf une surprise. Fresque familiale, Mytho porte bien son nom : Elvira, mère de famille dévouée et délaissée aussi bien par ses enfants que par son mari, retrouve intérêt à leurs yeux le jour où elle décide de mentir sur le résultat d’une analyse médicale. Portée par des personnages hauts en couleur et une bande son enthousiasmante (ce qui devrait s’apparenter à un main theme avec “Il faut savoir” de Charles Aznavour), les débuts convainquent par l’atmosphère innovante qu’ils dégagent. Les deux épisodes projetés lors du festival n’auront enfin pas suffi à nous renseigner davantage sur une intrigue parallèle sur fond de décès en cascade. Affaire(s) à suivre dès la rentrée prochaine sur Arte.


Pendant plus d’une semaine, les festivaliers ont pu voyager aux quatre coins du monde, grâce à une sélection bariolée aux genres et tons multiples. Actualité et enjeux géopolitiques dans Chimerica et Baghdad Central, dysfonctionnements familiaux et questions sociales dans Mytho, The Virtues et Just For Today, ou encore drame psychologique sur fond de lutte des classes, avec Chambers : c’est avec brio que la compétition officielle 2019 nous offre aux yeux la diversité du monde contemporain ! Le festival vous donne rendez-vous l’année prochaine, toujours à l’arrivée du printemps : la direction a déjà annoncé qu’il se déroulerait du 20 au 28 mars 2020.

Festival Series Mania, du 22 au 30 mars 2019, Ville de Lille, Lille Métropole et la Région Hauts-de-France


Francesco Depaquit, Pierre Deroudilhe, Philippine Oisel, Léa Ramsamy et Rachel Rodrigues

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