Parasite, chasser la p’tite bête

Palme d’or à Cannes et unanimement salué par la critique, le Parasite de Boon Jong Ho en faisait saliver plus d’un. Ajoutez à cela le bouche à oreille en provenance de la Croisette et vous obtenez un nouveau détour par une salle de cinéma…

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Il est très difficile, à vrai dire, de parler du nouveau long-métrage du réalisateur de Memories of Murder. Longtemps burlesque, par instants redondant, tout d’un coup haletant, Parasite épouse tous les genres et toutes les formes pendant 2h12 magistrales de mise en scène. Mais sa colonne vertébrale, c’est bien son twist qui brise aussi bien les certitudes des personnages que celles des spectateurs. Or, celui-ci intervient au beau milieu du film, actant le passage de la comédie de rôles au thriller social. La précocité de ce bouleversement constitue tout le génie d’un réalisateur qui maîtrise son sujet de bout en bout.

« La précarité d’une famille coréenne, loin d’être abattue pour autant, et son espièglerie borderline pour en sortir, caractérise la situation initiale du film. »

La séquence inaugurale de Parasite, un travelling latéral qui, de la rue, s’en va effleurer le sol d’une cave miteuse, annonce la couleur: ici, on est chez les gens d’en bas, lieu où la quête du wifi demande une certaine souplesse, où les cafards et autres nuisibles pullulent, où un ivrogne s’en va uriner juste à côté de la seule et unique fenêtre. La précarité d’une famille coréenne, loin d’être abattue pour autant, et son espièglerie borderline pour en sortir, caractérisent la situation initiale du film. Quand un ami de Ki Woo (le fils) lui demande de le remplacer pour donner des cours d’anglais à une jeune élève habitant une luxueuse maison des beaux-quartiers, un plan machiavélique germe dans cette maisonnée.

« Toute la subtilité d’un film qui, dans une démarche presque « marivauesque », procède à une constante inversion des positions. »

The Host, précédent film de Boon Jong Ho paru en 2006, était déjà empreint des deux thèmes majeurs de la nouvelle oeuvre du cinéaste coréen. Les liens du sang et les inégalités sociales sont toujours au coeur, treize ans plus tard, de son cinéma. Le choix de faire « cohabiter » au sein d’une même maison, deux familles financièrement asymétriques permet d’instaurer un contraste saisissant sans pour autant sombrer dans le misérabilisme. L’humour, très présent, et les stratagèmes moralement discutables de la famille d’en bas ou du sous-sol, évitent un message purement moralisateur qui verrait le spectateur prendre parti. Et c’est précisément toute la subtilité d’un film qui, dans une démarche presque « marivauesque », procède à une constante inversion des positions. Mais dans la société actuelle, ces dernières ne sont-elles pas condamnées à être figées ?

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Il y a donc d’une part l’excentricité et l’originalité d’un scénario qui, même s’il a parfois tendance à s’essouffler, n’en finit pas de surprendre son public. Mais pour remporter la Palme d’or, Parasite ne pouvait se contenter de cela. La réalisation très théâtrale de Boon Jong Ho, avec une caméra alternant plans en plongée (sans doute pour signifier l’écrasement social dont souffrent les « parasites » de la société) et plans saccadés, ne tombe jamais dans l’ostentatoire.

Et même si ce dernier s’adonne à quelques longueurs inutiles à l’heure de conclure son long-métrage, le spectateur est, lui, conquis depuis ce fameux twist… Vous l’aurez compris, gare aux spoilers !

Parasite (2019), de Bong Joon Ho, avec Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong


Francesco Depaquit

 

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