Si Greta est à fuir, le film l’est aussi

Voir Isabelle Huppert s’orienter vers une production américaine avait de quoi susciter un certain intérêt. Présenté comme un thriller, le film a pourtant tout d’une farce insipide, tant sa forme et son fond déçoivent.

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Greta, dans sa structure, épouse la forme du conte. La jolie Frances (Chloë Grace Moretz), fragilisée par le décès de sa mère, mène la parfaite routine new-yorkaise dans une collocation avec sa meilleure amie Erica. Un jour, elle repère un sac abandonné dans le métro. Portée par sa bienveillance, elle décide alors de le ramener à sa propriétaire, une certaine Greta, veuve et seule habitante d’une habitation esseulée au fin fond d’une ruelle. Les deux femmes, prises d’une affection mutuelle, finissent alors par ne plus se quitter. Mais un jour, Frances, découvrant le stratagème psychopathe qui l’a amenée à rencontrer son aînée, décide de couper les ponts. Mais la « sorcière » semble avoir plus d’un tour dans son sac, bien aidée par un film qui, « tourné en studio, n’a pas vocation à être réaliste et se rapproche du conte de fées revisité » selon les dires de celle qui l’incarne à l’écran.

« Le réalisateur, Neil Jordan, donne l’impression d’avoir misé l’intégralité de son propos sur la prestation de l’actrice française. »

Ce dernier point n’est d’ailleurs pas sans rappeler le dernier film d’Isabelle Huppert, Blanche Comme Neige, réécriture moderne du Walt Disney, dans lequel elle interprétait déjà un rôle d’empoisonneuse maléfique. Son personnage dans Greta est problématique tant il semble taillé pour elle. Le réalisateur, Neil Jordan, dont c’est le premier long-métrage à sortir en France au cinéma depuis Ondine en 2010, donne l’impression d’avoir misé l’intégralité de son propos sur la prestation de l’actrice française. Peut-être que le jeu de cette dernière, aussi diviseur que mécanique dans ces rôles mêlant froideur et folie qu’elle a commencé à s’approprier avec La Pianiste en 2001, aura de quoi séduire un public peu rompu à un tel flegme. Le spectateur plus expérimenté, lui, peinera à s’extasier devant les quelques pas de danse improvisés, après une scène de meurtre, par l’actrice lors du tournage et gardés dans la version finale.

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S’il ne fallait ressortir qu’un seul défaut parmi tous ceux que comporte le film, c’est sur l’écriture des personnages qu’il faudrait s’attarder. Bourrée de clichés et d’incohérences, elle discrédite d’emblée le cadre dans lequel ils évoluent: Frances se dit « collante comme un chewing-gum » avec ses amies mais passe son temps à pédaler seule dans New-York, tandis que sa relation difficile avec son père n’est jamais véritablement justifiée. Erica est l’archétype de la potiche, alternant grossièretés et généralités, pour montrer un tout autre visage en seconde partie de film. Mais c’est bien le personnage de Greta, censé porter le film, qui est raté dans sa conception. L’anglais aux accents franchouillard d’Isabelle Huppert lui inflige un personnage au mélange d’origines françaises et hongroises auxquelles on finit par ne plus rien comprendre. Scénaristiquement ce n’est guère mieux, avec un grand nombre d’incohérences qui donnent plus envie de rire que de se laisser envahir par l’effroi.

À vrai dire, seule une séquence en milieu de film, déjouant les attentes du spectateur en brouillant la frontière entre rêve et cauchemar, introduit une certaine subtilité dans un ensemble qui peine à convaincre. Neil Jordan, alternant le genre de l’horreur (parfois gore) et du thriller psychologique, semble oublier que la naissance de la peur chez le spectateur ne peut se satisfaire de quelques notes de musique répétitives.

Greta n’est finalement qu’un énième exemple de ces films au trailer prometteur mais au contenu très pauvre… Dommage.

Greta (2019), de Neil Jordan, avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…


Francesco Depaquit

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