Tolkien, un biopic aigre-doux

De l’enfance au Hobbit, Tolkien revient sur les jeunes années de l’illustre auteur de fantasy. Réalisé par Dom Karukoski, le film alterne entre des scènes de guerre, véritables tournants dans la vie de l’écrivain, et l’adolescence du protagoniste imprégnée de littérature et d’imaginaire.

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Certains noms d’auteur ne nécessitent aucune explication ni bibliographie ; leur réputation les précède tant qu’il n’est pas utile d’avoir lu leurs œuvres pour reconnaître leur génie. J.R.R. Tolkien en fait assurément partie. Son univers de fantasy, truffé de magie et de légendes sorties tout droit de son imagination, ont fait rêver bon nombre d’amoureux de littérature et de cinéma. Tolkien reprend ainsi la jeunesse de l’écrivain et son voyage vers l’écriture du Hobbit.

Tolkien, de son nom complet John Ronald Reuel Tolkien, voit son monde être renversé dès l’enfance : il doit quitter la campagne pour la ville, puis sa mère meurt, le laissant lui et son frère orphelins. Sous la tutelle du père Francis Morgan (Colm Meany), le protagoniste se développe comme un être un peu à part. Aux côtés de Christopher, Geoffrey et Robert, John Ronald s’épanouit dans l’art ; ensemble, ils stimulent leur imagination et leur créativité dans le salon de thé Barrows, véritable sanctuaire. C’est bel et bien ce quatuor, surnommé le Tea Club and Barrovian Society (T.C.B.S.), qui porte le film – les deux groupes de comédiens, adolescents puis jeunes adultes, ponctuent la narration de plus de légèreté face à la mort de Mme. Tolkien et à la bataille de la Somme de 1916, rappelée par des flashforwards.

« Les interprètes adolescents comme adultes transmettent une complicité rafraîchissante. »

Le choix des acteurs dans les rôles d’Edith Bratt – love interest de l’écrivain – et du quatuor est particulièrement bon. Les interprètes adolescents comme adultes transmettent une complicité rafraîchissante. Nicholas Hoult, dans le rôle de Tolkien adulte, incarne de façon très juste le décalage de son personnage, toujours plongé dans son imagination. La performance du jeune Albie Marber est à noter : jouant le jeune Robert Gilson, il captive tout autant que son homologue adulte, Patrick Gibson.

« Il paraît restreint de présenter la création littéraire et fantaisiste comme l’adaptation de la vie de l’auteur dans un récit fictif. »

Un quatuor… Cela ne vous rappelle rien ? Dans Tolkien, tout devient sujet à interprétation, comme si absolument tout ce que l’auteur vivait devait être relié à son œuvre. Si durant la guerre, comparer les lance-flammes à des dragons imaginés par un soldat fiévreux et traumatisé est tout à fait à propos, de nombreuses allusions à l’univers de la Terre du Milieu arrivent comme un cheveu sur la soupe. Un paysage verdoyant, un homme sur une calèche, un soldat nommé Sam… Il semblerait que tout ait été mis en oeuvre pour ajouter des références à ses créations littéraires. Il est normal de retrouver un peu du Hobbit et du Seigneur des Anneaux dans un biopic centré sur leur auteur. Pour autant, les nombreux easter eggs posés ici et là, au plaisir – ou non – des fans, ne rendent pas la séance plus divertissante. Il paraît restreint de présenter la création littéraire et fantaisiste comme l’adaptation de la vie de l’auteur dans un récit fictif. S’il peut tirer de ses expériences (notamment celle de la guerre, dont les effets spéciaux sont remarquables), dresser des parallèles avec les personnages de l’écrivain sur tous les plans de son existence semble mal venu.

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En sortant de la salle de cinéma, comment ne pas penser que la légèreté du T.C.B.S. n’était là que pour servir le pathos du film ? Bien que les escapades nocturnes à l’université fassent sourire, le souvenir de ces moments laisse un goût aigre-doux dans la mémoire du spectateur. La fin, aussi dramatique soit elle, ne vole pas de larmes aux fans, et s’inscrit dans la continuité du début. L’impression que tout a été fait pour dramatiser la vie de J.R.R. Tolkien supplante les qualités visuelles du biopic. Une ambiance par conséquent assez doucereuse coupée par des éclats de violence… Un moment de cinéma appréciable, mais pas mémorable.

Tolkien (2019), de Dome Karukoski, avec Nicholas Hoult, Lily Collins, Colm Meaney…


Gaëlle Sheehan

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