National – Au nom de la terre, une profession au bord du précipice

1999. Christian Bergeon, agriculteur, met fin à ses jours à cause de l’âpreté de son travail. C’est cette histoire, celle de son père, qu’Edouard Bergeon relate dans son premier film : Au nom de la Terre.

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Les machines agricoles utilisées par la famille Jarjeau (Diaphana Distribution)

Un agriculteur se suicide tous les jours. Au nom de la Terre permet de saisir la réalité qui se cache derrière ce chiffre, thème assez rare sur les écrans de cinéma. Avec ce film, on comprend comment l’évolution du système agricole français vers la modernité et la production de masse a pu être fatale pour la paysannerie.

La ruralité à l’honneur

A l’écran, la famille Bergeon devient la famille Jarjeau. Guillaume Canet joue le rôle de Pierre, le père de famille. En 1979, il rachète la ferme familiale et se lance dans une vie qui lui est destinée : devenir agriculteur. Avec sa femme Claire, incarnée par l’actrice belge Veerle Baetens, et leurs deux enfants, la famille Jarjeau occupe la ferme des Grands Bois, spécialisée dans l’élevage de chevreaux.

Chacun participe à sa manière à la vie de la ferme :  les rôles sont établis, les pré-supposés patriarcaux aussi, mais un équilibre demeure. Le film reste presque exclusivement dans le huis-clos de cette famille au sein de la ferme. Hormis les Jarjeau, les personnages sont peu nombreux, la ville est lointaine. L’isolement des Grands Bois résonne avec la solitude d’un être doucement happé par un système.

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La famille Jarjeau (Nord Ouest Films)

Le réalisateur, aidé par le jeu impeccable de ses acteurs, parvient à rendre compte humblement des liens qui s’opèrent dans le monde rural : beaucoup d’amour entre des individus, réputés taiseux, qui ne comptent pas leurs heures au travail. Le film est saupoudré d’intimes moments de bonheur familial, où les tracas de la vie ne semblent pas atteindre ce cocon.

Un système qui broie l’homme

Au nom de la Terre retrace le long processus qui mène un agriculteur à commettre l’irréparable. Le monde agricole représente la catégorie socio-professionnelle où le taux de suicide est le plus important en France. Après le cancer, c’est la deuxième cause de décès dans ce domaine d’activité. Loin d’être un cas à part, l’histoire de Christian Bergeon est devenue tristement commune de nos jours.

« La déchéance de Pierre Jarjeau est inévitable, le spectateur y assiste jusqu’au bout, impuissant. »

Après une ellipse de 1979 à 1996, l’émulation et l’excitation du rachat de la ferme se sont évaporées. Les soucis s’accumulent désormais pour la famille Jarjeau : malchance, dettes, pression de la banque, coûts de production qui augmentent, lois européennes restrictives… L’agriculteur est pris dans un engrenage inextricable. L’évolution du monde agricole force le paysan à devenir investisseur. De 500 bêtes à l’époque de son père, l’exploitation des Grands Bois atteint désormais plusieurs milliers d’animaux. L’injonction du système à se moderniser est trop forte, le noble métier qu’exerçait l’agriculteur d’antan est dénaturé. La quantité prime sur la qualité, le rapport à l’argent sur l’amour de la terre. La déchéance de Pierre Jarjeau est inévitable, le spectateur y assiste jusqu’au bout, impuissant.

Un film d’intérêt public ?

En réalisant ce film, Edouard Bergeon espère réveiller les consciences sur la précarité et le manque de reconnaissance que subit le monde agricole. Avec Guillaume Canet, qui a lui aussi grandi au sein de la communauté rurale, la promotion du film leur permet d’évoquer le sujet de l’état du monde agricole aujourd’hui. Les deux hommes ont enchaîné les interventions médiatiques pour rappeler l’importance de revenir à des exploitations à taille humaine afin d’assurer la pérennité des producteurs français. Et pour cela, le consommateur a son rôle à jouer.

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Guillaume Canet est Pierre Jarjeau dans Au nom de la terre (Nord Ouest Films)

Au nom de la terre est bien plus puissant qu’une simple œuvre cinématographique, il porte la voix d’un monde en souffrance, pourtant indispensable à la société.

Au nom de la terre (2019), de Edouard Bergeon, avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon…


David Darloy

 

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