National – Beastars, quand on parle du loup

Un meurtre dans le monde des animaux ? Le fragile équilibre qui règne entre les herbivores et carnivores est brisé. Évidemment, les regards se tournent vers le loup. À travers un univers à la Zootopie, un poil plus mature, le manga Beastars questionne la quête d’identité et le vivre ensemble.

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L’Institut Cherryton est une école où vivent et étudient les jeunes animaux. Tigres, moutons et éléphants se côtoient, sont amis, voire amoureux. Un matin, un élève herbivore, Tem l’alpaga, est retrouvé mort… En partie dévoré. Tous les soupçons se tournent vers les carnivores. C’est Legoshi, le loup gris, membre du club de théâtre et ami de Tem qui inspire le plus de méfiance. Ce dernier, timide et rêveur, semble pourtant être tout le contraire d’un monstre mais sa grande taille, ses griffes et ses crocs ne jouent pas en sa faveur – c’est peut-être justement pour cela qu’il paraît si effacé et renfermé sur lui-même.

Comment trouver sa place ?

Alors qu’il se surprend à avoir envie de dévorer Haru, petite lapine, ce qui serait conforme à son instinct, il panique. Dans ce monde où la consommation de viande est strictement interdite, les carnivores sont forcés de contrarier leur propre nature. Le jeune loup de 17 ans est dans la tourmente: pour être quelqu’un de bien, il doit nier son instinct de prédateur. L’adolescent découvre de nouveaux sentiments. Certes, Haru l’attire pour sa chair fraiche, mais il se questionne. Ce désir carnassier serait-il finalement un sentiment amoureux?

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Haru, avec son poil blanc immaculé, charme grâce à son physique angélique. Petite chose fragile au premier abord, c’est une véritable séductrice. Elle collectionne les amants, ce qui lui vaut la réputation de trainée au sein de l’établissement. Mais pour elle, c’est une façon de s’affirmer et de montrer que sa nature ne définit pas qui elle est. Néanmoins, face au loup qui nourrit des sentiments complexes envers elle, son instinct de proie reprend le dessus. Elle ne peut surpasser l’idée que Legoshi et ses crocs ne fassent qu’une bouchée d’elle. Pourraient-ils vraiment être amis ?

C’est bientôt l’élection du Beastars, le leader de l’école. Le vote pourrait avoir beaucoup d’influence sur la vie des animaux de l’institut. Qui sera choisi, un carnivore ou un herbivore ? Pour l’instant, le grand favori est le beau cerf Louis, comédien phare du club de théâtre. Mais cela ne plaît pas à certains, qui voient en sa potentielle victoire une augmentation de la pression qui pèse déjà sur les prédateurs. Pour l’élégant cerf rouge, qui n’hésite pas à menacer un tigre, l’objectif est de montrer sa puissance malgré son statut de proie. Il aimerait changer la donne dans ce monde où ses semblables vivent dans la peur.

« Le pari d’anthropomorphisme réaliste est réussi. »

Le dessin du mangaka Itagaki Paru, est bien plus travaillé qu’il n’y paraît : le pari d’anthropomorphisme réaliste est réussi. La fierté du cerf se ressent dans les coups de crayon. L’ambivalence de Legoshi, entre sa nature de bête féroce et sa personnalité touchante, est justement illustrée. Même si ce n’est pas parfait, le détail des proportions tend vers le réalisme. La lapine est minuscule à côté du canidé, ce qui souligne leur incompatibilité.

Le vivre ensemble, un délire d’idéaliste ?

À l’Institut Cherryton, tout le monde semble cohabiter en harmonie. En réalité, les dortoirs sont organisés en fonction des espèces. La ségrégation est bien présente. Ainsi Legoshi a pour camarade de chambre des renards et autres chiens. « Herbi » et « carni » peuvent être amis, mais lorsque les médias parlent de l’assassinat d’un zébu en ville, les groupes bien distincts se reforment.

À la frontière de la ville se trouve un marché noir. Les carnivores peuvent s’y procurer illégalement de la viande fournie par les morgues et les hôpitaux. Dans ce monde, ceux qui font l’erreur de succomber au goût de la viande – ce qui est dans leur nature – sombrent et finissent par ressembler à des accros à l’héroïne. Ce monde n’est au final qu’hypocrisie. Les meurtres d’herbivores par des carnivores sont qualifiés de « cannibalisme », comme si tigres et brebis étaient semblables. Le vivre ensemble n’est qu’une illusion.

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Le monde de Beastars est un monde dur où violence, harcèlement et trafics en tous genres existent. Serait-ce le miroir de notre propre monde ? Une société où l’idéal du vivre ensemble s’avère impossible. Cette métaphore, délicate, peut ne pas être pertinente, car les êtres humains, eux, sont tous de la même espèce. Les différences qui existent entre les espèces animales sont loin d’être du même ordre que celles qui séparent les êtres humains. Les premières sont biologiques, les secondes sont culturelles. Comme de nombreux caricaturistes et fabulistes, Itagaki Paru utilise le règne animal pour souligner la diversité du genre humain.

La série, toujours en cours, compte 14 tomes au Japon et 6 en France. Fort de son succès, Beastars a été adapté en animé en co-production entre la Toho Animation et Netflix. Le premier épisode sera diffusé le 8 octobre au Japon.

Paru Itagaki, Beastars (2019), Ki-Oon


Léa Ramsamy

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